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Pro Santé

Personnes en situation de handicap : le casse-tête du permis de conduire

Passer son permis quand on est en situation de handicap peut relever du parcours du combattant



La mobilité est une faculté à géométrie variable dont nous jouissons toutes et tous de façon bien souvent inconsciente. Toutefois, cette mobilité et l’autonomie dont une grande majorité de la population jouit peuvent vite devenir un réel parcours du combattant pour une personne en situation de handicap. 

« Se déplacer quand on est en situation de handicap relève parfois du parcours du combattant. Pourtant, comme tout le monde, les personnes à handicap n’aspirent à rien de plus que de pouvoir se déplacer en toute autonomie ou moyennant un soutien approprié et financièrement accessible. Être, au final, une personne pouvant jouir de sa liberté en toute autonomie et se retrouver pleinement inclue dans la société et non dépendante d’autrui, tant pour accéder à ses soins de santé qu’à la culture, le sport, la vie sociale et professionnelle », explique Manon Cools, chargée de communication et d’éducation permanente à l’Association Socialiste de la Personne Handicapée (ASPH).

  • Focus sur le permis B

Notons tout d’abord que les personnes en situation de handicap sont, pour la plupart, tout à fait aptes à se déplacer en voiture. Parfois, leur perte d’autonomie peut être comblée par la mise en place d’aménagements spécifiques pour leur véhicule. Mais, pour en arriver là, il faut avoir eu l’opportunité d’obtenir son permis de conduire. « Et c’est une des nombreuses étapes où le bât blesse car l’examen du permis théorique, par exemple, reste inaccessible », ajoute Nadège Hombergen, assistante sociale à l’ASPH.

« La législation prévoit deux types d’aménagements raisonnables pour les personnes en situation de handicap. D’une part, les personnes sourdes et malentendantes peuvent faire appel à des interprètes en langue des signes afin de les accompagner lors de l’examen, tout comme une personne ne parlant pas une des langues nationales peut faire appel à un interprète. Ces examens se déroulent dans un cadre strict et les interprètes sont enregistrés pendant l’examen pour que l’examinateur puisse s’assurer qu’il n’y a pas eu fraude à l’examen. D’autre part, pour toute autre forme de handicap influant sur la faculté de passer l’examen dans des conditions classiques, la législation prévoit un aménagement dit «raisonnable», à condition de justifier cet état de besoin à l’aide d’un certificat médical circonstancié. Malheureusement, ces aménagements restent cruellement insuffisants », déplore Nadège Hombergen.

La loi prévoit par ailleurs des séances adaptées en plus petits groupes où un examinateur, qui n’est pas spécifiquement formé dans le domaine du handicap, lit la question avec les personnes du groupe et répond à leurs différentes interrogations. Une fois l’étape de question-réponse passée, les personnes passant l’examen ont un temps sensiblement plus long pour pouvoir répondre à la question d’examen.

  • Solutions insuffisantes

À l’ASPH, on identifie des lacunes dans ces aménagements, non dénuées de conséquences pour les personnes en situation de handicap. Évidemment, que le texte de loi prévoit ces aménagements est une première chose positive. Toutefois, ils ne sont pas suffisants pour répondre à la situation de chaque individu. « Nous avons, par exemple, été interpellés par une personne dysphasique (trouble du langage) qui en est à sa troisième tentative en séance adaptée et n’est pas en mesure d’obtenir son permis théorique. La raison de son échec ? La manière dont les phrases sont formulées et les conditions dans lesquelles elle doit passer le test, même après explication générale, ne lui permettent pas de saisir tous les tenants et aboutissants de la question et de ses réponses. C’est très problématique, étant donné qu’elle a étudié, connaît le code de la route, a suivi des cours et est apte à appréhender la matière examinée », complète l’assistante sociale.

« C’est un des très nombreux exemples que nous rencontrons au quotidien à l’ASPH » regrette Nadège Hombergen. « Les progrès sont lents à arriver alors qu’ils sont le reflet de ce qui est indiqué dans la convention ONU Personnes Handicapées que la Belgique a signée il y a dix ans déjà! Un accès juste et équitable pour toutes et tous à ce type d’examen permet la pleine autonomie des citoyens. Toutes ces difficultés ne concernent seulement que la partie théorique de l’examen du permis B ! Je vous laisse imaginer ce qu’il en est pour l’examen pratique… », conclut-elle.

  • Permis de conduire : le même accès pour tous

« Nous ne cessons de dénoncer ces manquements dans l’unique but de faire progresser notre société et de rendre les droits des personnes en situation de handicap effectifs », ajoute-t-on du côté de l’ASPH

« Nous rappelons qu’il n’est ici nullement question de faciliter la réussite des personnes en situation de handicap par rapport à une personne ne l’étant pas mais bien de leur donner les outils nécessaires pour qu’ils puissent prétendre à la réussite au même titre que tout le monde. C’est le principe même de l’inclusion: assurer le même accès à toutes les sphères de la vie pour l’ensemble des citoyens », ajoute Manon Cools. 

L’ASPH rappelle qu’elle dispose d’un contact center où toute personne peut appeler pour poser des questions, expliquer ses difficultés et demander de l’aide. Pour cela, un seul numéro, le 02/515.19.19 ou par mail à l’adresse asph@solidaris.be


Laurence Briquet - SudPresse - 12/09/2020