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Les précarisés, premières victimes de l’alimentation « low cost »

Alors que la moitié de la population belge (49,3%) est soit en surpoids, soit obèse


 
 
 
Les produits alimentaires les moins chers et les plus pratiques à manger sont hyper calorifiques, c’est-à-dire trop riches en gras, en sel et en sucre. Or, il semble que ce soit vers ces produits que se tourne la population la plus précarisée.

Les injonctions à bien manger ne manquent pas : « Mangez 5 fruits et légumes par jour » ou « Mangez, bougez » sont des messages bien connus. Elles ciblent les consommateurs. Mais sommes-nous responsables de ce que l’on mange, de nos achats et de nos comportements alimentaires ? « On aimerait bien répondre oui, au moins partiellement : chacun dépense son argent comme il l’entend, en suivant ses propres critères et en fonction de son portefeuille. Ainsi, on n’achèterait peut-être pas tout ce que l’on veut mais ce qu’on achète, on l’aurait voulu », explique Jonathan Peuch, de chez FIAN, une ONG qui lutte pour la réalisation du droit humain à l’alimentation et à la nutrition et qui est membre du réseau Agroécologie In Action (http://fian.be​) auquel participe également Solidaris.

Comment alors expliquer les chiffres alarmants au croisement de l’alimentation et de la santé ? D’après Sciensano, en 2019, la moitié de la population belge (49,3%) est soit en surpoids, soit obèse. Les maladies chroniques liées à l’alimentation et l’obésité (crise cardiaque, infarctus cérébral, diabète, certains cancers…) sont les premières causes de mortalité dans le pays. Elles coûteraient environ 1 milliard d’euros par an à l’INAMI. « C’est le paradoxe de la nutrition : alors que nous aurions le choix de consommer ce que l’on veut, nous ferions des choix qui vont à l’encontre de notre santé », ajoute-t-il.

  • Payer deux fois
« C’est également la raison pour laquelle les prix entre des produits sains et/ou durables et la malbouffe sont si différents : quand un consommateur achète un produit bio, il paye le fait que le producteur respecte et entretient la nature », ajoute-t-il. « Au contraire, dans un produit « low cost », personne ne se préoccupe de la nature ou des apports nutritionnels. Mais c’est bien la collectivité qui devra ensuite assumer les coûts sociaux et environnementaux de la malbouffe. Nous payons ainsi deux fois nos achats alimentaires «low cost» : une fois dans le magasin et une fois par le biais de nos (impôts, TVA) pour financer la protection sociale et environnementale ».

Se tourner vers les produits « low cost » paraît irrémédiable pour ceux qui ont des revenus modérés et faibles. Rappelons qu’en Belgique, en 2020, 20% de la population est en risque de pauvreté et d’exclusion et que 5% souffrent de privations matérielles graves. Plus de 450.000 personnes ne parviennent pas à se nourrir et sont contraintes de recourir à l’aide alimentaire, un chiffre qui aurait explosé depuis la crise du Covid-19 et qui correspond déjà à une ville comme Anvers.

  • Engagement public
Pour Jonathan Peuch, « garantir un accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive devrait être une obligation pour l’Etat qui s’est engagé à réaliser les droits humains et notamment le droit à l’alimentation. Le nouvel accord de gouvernement prévoit d’agir contre la «mauvaise alimentation ». Nous l’encourageons donc à prendre ses responsabilités : il faut agir en amont, prévenir les maladies chroniques et le changement climatique plutôt que de panser les plaies après coup ».

Pour la production alimentaire, l’agroécologie offre des modèles en circuits courts respectueux des cycles naturels et des écosystèmes locaux. « Pour la nutrition, on peut informer le consommateur mais aussi et surtout commencer par arrêter de subventionner l’agriculture et l’élevage intensifs, et réorienter les aides de la Politique Agricole Commune (PAC) vers les productions durables, comme les fruits et légumes frais ». Enfin, pour lui, il faut réglementer strictement les pratiques de l’agro-industrie pour prévenir la commercialisation à grande échelle de la malbouffe : protéger les enfants dans les écoles et aux alentours, interdire la publicité dans les espaces publics et employer des taxes pour fixer le vrai prix des produits industriels serait un bon début.

Notons que le collectif « Rendre visible l’invisible » vous donne rendez-vous ce 17 octobre à Bruxelles (1710.be) ainsi que dans toute la Wallonie à l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère, à tous ceux qui veulent revendiquer une nourriture saine, durable et accessible à tous et toutes.

  • ​Informer : attention à l’environnement alimentaire
Il est certainement important de mieux informer les consommateurs mais, visiblement, cela ne suffit pas. « Si votre « environnement alimentaire » est composé en majorité de produits ultra-transformés caloriques, vous aurez plus tendance à choisir ces produits. Par ailleurs, lorsque les prix des produits sont très différents, on a beau savoir qu’un produit est bon et l’autre non, on opte pour le moins cher. Surtout quand on n’a pas les moyens », note Jonathan Peuch, de l’ONG FIAN.

Or, il est clair à présent que les produits alimentaires les moins chers et les plus pratiques à manger sont hyper-calorifiques, trop riches en gras, en sel et en sucre. De plus, ils sont très pauvres en micronutriments, c’est-à-dire en vitamines, en minéraux et en oligoéléments. Pourquoi ? Parce que les fruits et les légumes qui sont riches en micronutriments sont plus difficiles à cuisiner, à stocker, à transporter : ils sont fragiles, périssables et nécessitent du temps de préparation. Résultat : en 2014, d’après Sciensano, seulement 14% de la population consommait les 400 grammes de fruits et légumes recommandés par jour.

  • ​Conséquences environnementales
Ce qui est vrai pour les cuisiniers et cuisinières l’est encore plus pour l’agro-industrie. Les entreprises alimentaires ont recours la plupart du temps à des produits mieux adaptés aux processus industriels (comme les huiles, le sucre, les céréales, les exhausteurs de goûts…) et exigent des matières premières les moins chères possibles, souvent issues de modes de production intensifs peu respectueux de la santé des animaux, des travailleurs et de la planète (monoculture, élevage avec des milliers de têtes de bétail). Ce mode de production a bien évidemment de lourdes conséquences environnementales et sur la santé à long terme mais elles sont voilées par des slogans marketing mettant surtout en avant le plaisir immédiat lié à la consommation de produits ultra-transformés.


Laurence Briquet - SudPresse - 17/10/2020​