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​Pourquoi continuer à payer ses médicaments plus chers ?

Depuis deux ans, les médecins généralistes doivent prescrire davantage de médicaments génériques. Solidaris s’est penché sur l’impact de cette mesure sur la prescription des médecins généralistes et a calculé les économies réalisables si le médicament le moins cher était systématiquement délivré en pharmacie.


En 2017, 8 Belges sur 10  ont consommé un médicament générique et 99,9% des médecins en ont prescrits. Si les médicaments génériques sont un moyen sûr et efficace de diminuer les dépenses de l’assurance maladie et du patient, les médecins belges continuent pourtant à prescrire le médicament original dans pratiquement un cas sur deux alors qu’il existe des versions génériques. Pourtant, depuis le 1er janvier 2017, par mesure d’économie, le gouvernement a décidé d’augmenter le quota que chaque médecin généraliste doit prescrire en médicaments « les moins chers» de 50% à 60% du total de ses prescription.

Solidaris a donc décidé d’évaluer, sur la base des données de 2017, l’impact de cette mesure sur la prescription des médecins généralistes et calculé les économies réalisables si le médicament le moins cher était systématiquement délivré en pharmacie. Qu’en ressort-il ?

Comportement inchangé

Tout d’abord, les médecins généralistes n’ont pas fondamentalement modifié leur comportement en matière de prescription : au lieu d’un bond de 10%, le taux de prescription de médicaments les moins chers est passé de 53,6% à 54,8% entre 2016 et 2017. « C’est d’autant plus regrettable que 40 millions d’euros d’économies étaient inscrits par le gouvernement dans son budget pour cette mesure et que cette économie n’a donc pas eu lieu », regrette la Mutualité.

« En extrapolant les chiffres au niveau national, l’INAMI aurait pu économiser jusqu’à 62 millions d’euros et le patient aurait économisé 47 millions d’euros, soit près de 11% de sa facture à la pharmacie, si on avait permis au pharmacien de délivrer systématiquement le médicament identique le moins cher (exactement la même molécule, le même dosage et la même taille de conditionnement) », explique Jérôme Vrancken, Data Analyst à la Direction Etudes à l’Union Nationale des Mutualités Socialistes.

Deux facteurs expliquent cette inertie : d’une part, les firmes pharmaceutiques appliquent des stratégies de prix visant à maximiser le profit (sans se soucier de l’impact sur l’assurance maladie et sur le patient), et d’autre part, les médecins et les patients sont rarement conscients du surcoût que représentent certains médicaments.

Pratique fréquente

En 2017, 70% de médicaments remboursés délivrés dans les pharmacies belges étaient des médicaments dont le brevet a expiré et pour lesquels il existe un médicament générique. Si les médicaments de la marque originale coûtent environ la moitié de leur prix initial à l’assurance maladie, il existe encore de fortes différences de prix avec les génériques. Les médicaments originaux ont en effet la possibilité de maintenir un prix plus élevé que les génériques en ajoutant jusqu’à 5€ à la part payée par le patient. Cette pratique de suppléments est fréquente pour certaines classes de médicaments, comme les antidouleurs opioïdes, les anti-inflammatoires ou encore les antidépresseurs et antiulcéreux.

Pourquoi existe-t-il de telles différences alors que ces médicaments sont censés se faire concurrence sur les prix ? Parce que, pour la moitié des médicaments originaux, les firmes pharmaceutiques ne jouent pas le jeu et se plient strictement aux obligations légales tout en gardant un prix élevé quand c’est possible, alors que 96% des génériques délivrés sont dans la fourchette des médicaments moins chers. En outre, dans près d’un cas sur deux, les médicaments originaux sont prescrits par les médecins alors qu’il existe un générique.

Alors, comment éviter ces surcoûts inutiles ? Il existe déjà actuellement deux mesures qui diminuent les coûts pour l’INAMI : pour tous les antibiotiques et antimycosiques, le pharmacien a l’obligation de substituer par un médicament parmi les moins chers si le médecin prescrit une marque qui n’est pas dans la fourchette. Par ailleurs, depuis 2018, les médicaments originaux qui ne sont pas dans la fourchette des moins chers sortent du remboursement lorsque la version générique est présente depuis au moins 2 ans. Les firmes se plient pratiquement à 100% à ces règles mais elles continuent à appliquer un supplément pour le patient car rien ne le leur interdit. Mais il existe, on le voit, encore de gros progrès à faire…

 Laurence BRIQUET / Sud Presse / 02/02/2019
 

Interdire les suppléments sur les médicaments originaux

Pour contrer cela, Solidaris propose de lever les freins à la prescription des médicaments les moins chers et de sensibiliser tous les acteurs à l’utilisation des moyens limités de l’assurance maladie et des patients de manière rationnelle. « Ce qui inclut d’interdire les suppléments demandés aux patients pour des médicaments originaux pour lesquels il existe un générique mais aussi d’obliger le pharmacien, pour tout nouveau traitement pour lequel il existe un générique, à substituer au médicament prescrit un médicament parmi les moins chers », note encore Anne Hendrickx, experte « médicaments » à la Direction Etudes à l’Union Nationale des Mutualités Socialistes.

Pour les traitements en cours qui ne sont pas dans les moins chers, Solidaris propose d’autoriser le pharmacien de référence à proposer au patient de substituer par une marque moins chère et d’imposer que les logiciels de prescription des médecins proposent avant tout la prescription en DCI, c’est-à-dire en Dénomination Commune Internationale, ce qui veut dire qu’ils inscrivent sur la prescription le nom de la molécule sans la marque puis les alternatives les moins chères.

Enfin, il convient d’informer les patients (notamment via les moteurs de recherche des mutuelles) et les prestataires sur les coûts et les alternatives, propose Solidaris.