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Les antidouleurs : un marché en plein boom

Le marché des antidouleurs semble être un marché porteur pour les firmes pharmaceutiques qui en développent pour toute une série de «maux» (maux de tête, règles douloureuses, lendemain de veille). Du coup, le Belge nen consomme-t-il pas trop et quel rôle le pharmacien peut-il jouer dans la surveillance de cette consommation?


Quand on entre dans une pharmacie, on peut être interpellé par la multiplication des références en matière d’antidouleurs. On a un peu l’impression qu’on en trouve des spécifiques pour toute une série de maux comme les règles douloureuses, les maux de tête, les douleurs articulaires ou encore ce qu’on appelle communément la «gueule de bois».

«Ce constat est pertinent», explique Laurence Pétré, pharmacien responsable Good Distribution Practices et Office de Tarification, responsable de l’assurance qualité chez Pharma Santé, grossiste répartiteur. «Si le pharmacien, par sa formation universitaire, a une vue claire et détaillée des références mises à disposition des patients, ces derniers pourraient, eux, facilement s’y perdre. A titre d’exemple, le paracétamol entre aussi bien dans la composition d’antidouleurs pour les maux de tête que pour le rhume. Il suffit d’être enrhumé et d’avoir mal à la tête pour se retrouver en surdose, à moins que le pharmacien n’ait pu encadrer et informer le patient car il aura pu détecter la redondance des molécules au travers du suivi des soins pharmaceutiques. Autre exemple, l’ibuprofène, aussi bien utilisé pour des douleurs inflammatoires que pour les règles douloureuses. Les exemples ne manquent pas.»

Campagne de Solidaris

Du coup, comment le consommateur peut-il s’y retrouver et comment choisir son antidouleur? «Il faut prendre en considération la pathologie et l’étiologie (l’étude des causes) de la douleur: douleurs liées aux phénomènes inflammatoires ou traumatismes, douleurs neurogènes, douleurs psychogènes...», poursuit la pharmacienne.

«Le paracétamol peut se placer comme premier choix dans toute une série de cas. Cette règle est liée à la balance bénéfice/risque du produit. Ceci dit, il n’est pas sans danger. Le fait que de nombreuses références coexistent sur le marché et soient en vente libre peut être à l’origine d’intoxication du patient.»

Cette prolifération des références en pharmacie pourrait avoir une incidence sur la consommation d’antidouleurs de nos compatriotes. C’est pour cette raison que la mutualité Solidaris a lancé une pétition contre la publicité pour les médicaments, car elle a constaté (d’autres observateurs et études confirment ces données) que les Belges consomment trop des médicaments, en général, pas simplement des antidouleurs.

«Le but de la campagne est notamment d’aider les citoyens à comprendre les stratégies des publicités pour les médicaments. Solidaris estime que la publicité pour les médicaments devrait être interdite. Les médicaments ne sont pas des produits de consommation comme les autres», ajoute encore Laurence Pétré.

20 jours par an

Du côté des chiffres, on sait que les jeunes Belges consomment des anti-inflammatoires non stéroïdiens sur prescription en moyenne 20 jours par an mais que l’usage réel est probablement beaucoup plus important. Ces molécules puissantes sont banalisées, en vente libre et présentes dans quasi toutes les pharmacies familiales. Du coup, on est en droit de se poser la question du rôle du pharmacien dans ce processus. «Les pharmaciens, en tant que spécialistes du médicament et prestataires de soins de première ligne, peuvent apporter leur expertise. Ils jouent un rôle clé dans l’accompagnement des patients et sont sensibilisés à l’usage rationnel des médicaments par leurs patients. De nouveaux services proposés par les pharmaciens (Pharmacien de référence, entretien de Bon Usage du Médicament, Dossier Patient Partagé,…) visent à améliorer l’utilisation des médicaments. Si le pharmacien d’hier était rémunéré par la boîte qu’il délivrait, il est aujourd’hui rémunéré pour la valeur ajoutée apportée aux patients au travers du conseil et de la mise en place des soins pharmaceutiques. En cas d’automédication, le pharmacien doit s’opposer à toute surconsommation suspectée ou avérée. Dans ce cadre, il avertit le patient des risques et dangers potentiels encourus et lui conseille de consulter un médecin», note encore Laurence Pétré.

Le pharmacien est évidemment aussi en mesure de contrôler la consommation d’antidouleurs d’un patient. «Soit au travers du Dossier Patient (archivage de l’historique de consommation à l’officine, que les produits soient prescrits ou en vente libre), soit au travers du Dossier Patient Partagé pour la tenue duquel le patient a marqué son accord (consentement éclairé). Dans ce cas, tous les pharmaciens belges, d’Arlon à Ostende peuvent alors avoir accès aux données du patient lors d’une délivrance.»

Le mieux étant bien évidemment de demander l’avis éclairé du pharmacien si on souhaite se procurer des antidouleurs en vente libre. Il saura guider le patient vers le choix le plus judicieux pour sa santé.

Laurence BRIQUET - Sud Presse - 30/06/2018


Trois paliers dans la douleur et quatre catégories d’antidouleurs

Dans la douleur, on dénombre trois paliers. Le palier 1  concerne des douleurs faibles à modérées que l’on soulage avec du paracétamol, de l’acide acétylsalicylique (AAS) ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Le palier 2 fait référence à des douleurs modérées à sévères pour lesquelles on utilise des opioïdes faibles comme la codéine ou le tramadol. Quant au palier 3, il se manifeste par des douleurs intenses qu’on soulage avec des opioïdes forts comme la morphine et ses dérivés. Les paliers 2 et 3 font l’objet d’un suivi médical et d’une prescription.

On classe généralement les antidouleurs en quatre catégories selon leur mode d’action et leur efficacité. Il y a d’abord les analgésiques périphériques. Il s’agit de substances à base de paracétamol (Dafalgan...) et d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (aspirine, Ibuprofène…). Ils agissent notamment au niveau de la production de prostaglandine, une substance impliquée entre autres dans le développement de la douleur et des réactions sensorielles et inflammatoires (fièvre). Leur action se limite donc aux douleurs nociceptives périphériques (touchant directement les tissus). Autre catégorie, les analgésiques centraux non morphiniques. Le plus connu est le tramadol. C’est un opioïde. Ils sont souvent utilisés en parallèle avec des analgésiques périphériques pour une action à deux niveaux. Troisièmement, les analgésiques centraux morphiniques. Ce sont les opiacés comme la morphine et ses dérivés (codéine, buprénorphine,…). Leur action est plus vaste que celle des analgésiques périphériques car ils interceptent le message douloureux au niveau du système nerveux central. Enfin, il y a les co-analgésiques qui agissent sur les causes de la douleur et non sur sa perception comme les corticoïdes, les antidépresseurs et les neuroleptiques.