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Accessibilité aux soins : bilans et priorités pour l’avenir (18/02/2014)

​Les politiques menées ces 10 dernières années ont permis de diminuer la facture de soins de santé pour la population en général. Pourtant, des problèmes subsistent : en 2013, 1 personne sur 5 en Wallonie a reporté ses soins ou y a renoncé, par manque de moyens financiers, alors qu’elle en avait besoin. A moins de 100 jours du scrutin du 25 mai, Solidaris - Mutualité Socialiste dresse le bilan et fixe ses priorités en matière d’accessibilité aux soins.

  1. Quel bilan ?

« Les plus » : 

  • La part privée des dépenses de soins de santé n’a pas augmenté ces 10 dernières années. En 2011, la Belgique a consacré 10,5% de son PIB aux dépenses de soins de santé. L’essentiel (75,9%) est pris en charge par les pouvoirs publics. Les 24,1% restants sont financés soit via des assurances complémentaires, soit directement via le budget des ménages.
  • Les coûts à charge des patients ont été réduits pour certaines dépenses importantes : diminution de 45% d’un séjour à l’hôpital en chambre à 2 lits ; réduction de 15,6% du prix moyen des médicaments remboursés ; diminution de 13,3%  du coût du matériel médical à l’hôpital ; suppression des tickets modérateurs sur les soins dentaires préventifs pour les moins de 18 ans…
  • L’accessibilité financière des ménages à faible revenu, des malades chroniques ainsi que des travailleurs indépendants a été améliorée. Le Maximum à Facturer, l’intervention majorée ont été étendus progressivement à d’autres catégories de population. Aujourd’hui, 23,4% de la population bénéficie du statut BIM, contre 15,6% en 2002.

« Les moins » :

La part du financement privé des dépenses de santé en Belgique reste supérieure à celle observée dans la plupart des pays européens. 

  • Parmi les 9,4 milliards de dépenses de santé (sur un total de 38,9 milliards) financées par les ménages, il y a des coûts liés à des soins de première nécessité: soins dentaires, matériel médical à l’hôpital, psychothérapie, lunettes, certains médicaments…

Le phénomène de report/renoncement à des soins de santé reste interpellant. En 2013, 1 personne sur 5 en Wallonie a reporté ou renoncé à des soins alors qu’elle en avait besoin. 

     2.  Qui reporte/renonce à des soins de santé ? Quel type de soins ?

Réalisée en avril 2013 auprès de 2.625 affiliés wallons, notre enquête a révélé ces  enseignements suivants : 

En 2013, 1 personne sur 5 (21,4%) en Wallonie a reporté/renoncé à des soins pour des raisons financières, alors qu’elle en aurait eu besoin. 

  • Les femmes (24,9%), les familles monoparentales (44,3%), les adultes âgés entre 18 et 45 ans (1 personne sur 3), les groupes sociaux les plus faibles (26%) sont les catégories les plus touchées.
  • Plus de 4 parents isolés sur 10 reportent/renoncent à des soins de santé. Au sein des familles monoparentales qui ont reporté/renoncé à des soins, les enfants sont relativement moins touchés (16,1% contre 22,1% pour les familles en couple).
  • Les médicaments sont le 1er poste de dépenses reportées (32,9%), viennent ensuite les soins dentaires (22,9%) et les consultations chez le médecin généraliste (22,8%).
  • Parmi les plus de 60 ans, seulement 7,1% reportent/renoncent à des visites chez le spécialiste. Mais, 14,8% ont dû reporter/renoncer à une hospitalisation.
  • Les couples avec enfants sont ceux qui renoncent/reportent le moins l’achat de médicaments (22,2% contre 33%). 
  • 12% des personnes interrogées ont déclaré avoir reporté/renoncé à des médicaments prescrits par le médecin. Les femmes (14,7%), les familles monoparentales (26,7%) sont à nouveau les plus touchées. Les plus de 60 ans sont les moins concernés (5,8%) par ce phénomène. 

     3.  Investir dans l’Assurance Maladie obligatoire : un choix de société

Face à ces constats, il est essentiel, pour Solidaris - Mutualité Socialiste, d’investir dans l’assurance obligatoire. Parce qu’elle n’exclut personne, parce qu’elle coûte moins cher aux citoyens, parce qu’elle est plus efficace, parce qu’elle génère des emplois et profite à l’économie, l’Assurance Maladie obligatoire est le meilleur choix pour couvrir les coûts inévitables en soins de santé. 

    4.  Priorités de Solidaris - Mutualité Socialiste

  • Améliorer le remboursement par l’assurance obligatoire des coûts inévitables en soins de santé (soins dentaires, soins de santé mentale…). Pour financer cet investissement, Solidaris – Mutualité Socialiste propose notamment : une plus grande contribution des revenus du capital financier mobilier et immobilier ; une meilleure perception des cotisations sociales sur certains types de revenus et rémunérations (avantages en nature) ; la suppression des avantages fiscaux qui ne favorisent pas suffisamment l’emploi et l’économie.
  • Priorité 2 : Renforcer le contrôle et la transparence des prix et des suppléments facturés aux patients. Concrètement, Solidaris – Mutualité Socialiste propose notamment de : 
    • supprimer les suppléments d’honoraires en chambre commune et à deux lits en hôpital de jour et les plafonner en chambre particulière ;
    • accorder au patient le droit d’obtenir un devis pour son séjour dans une chambre particulière ;
    • mettre en place un contrôle des prix dans les maisons de repos.
  • Priorité 3 : Réduire encore la facture des médicaments dans le budget du ménage.
    • Concrètement, Solidaris – Mutualité Socialiste propose notamment de :
    • rendre obligatoire la prescription sous le nom de la molécule (DCI) et pas sous le nom de marque pour les traitements aigus et lors de l’initiation d’un traitement chronique ;
    • étendre le remboursement préférentiel des contraceptifs à toutes les femmes bénéficiant de l’intervention majorée, quel que soit leur âge.
  • Priorité 4 : Faciliter l’accessibilité aux droits en assurance maladie. Concrètement, Solidaris – Mutualité Socialiste propose ainsi d’élargir l’octroi automatique du statut BIM aux familles monoparentales socialement défavorisées.

Mélanie Boulanger