Province de Namur

Choix de région

Remboursement des psychologues de première ligne : Une occasion manquée !

Ce lundi 17 décembre 2018, Solidaris s’est abstenu au Comité de l’assurance lors du vote sur le projet de la ministre Maggie De Block concernant les remboursements des soins psychologiques essentiels. La raison ? Solidaris plaide pour l’accès direct – sans prescription – au remboursement des séances du psychologue en première ligne pour tous ceux qui en ont besoin, sans limite d’âge ou d’indication. La santé mentale est un droit fondamental et toutes les enquêtes confirment la réalité des besoins.

 

Malgré les interventions des assurances complémentaires des mutualités, dont Solidaris depuis 2013, l’accessibilité au psychologue de première ligne reste très insuffisante mais aussi très inégalitaire dans notre pays. Alors que 12,7%[1] des Belges souffrent de troubles mentaux communs, à peine 4,6% d’entre eux consultent un psychologue. Les populations plus fragiles sur le plan socio-économique recourent moins aux consultations du psychologue alors qu’elles connaissent des taux de prévalence des troubles dépressifs deux fois plus élevés.

Dans ce contexte, Solidaris s’était réjoui de la décision du Conseil des ministres du 18 mai dernier d’une prise en charge par l’assurance obligatoire des soins psychologiques essentiels. 

Annoncée comme une décision historique par la ministre des Affaires sociales, le modèle de remboursement finalement présenté au Comité de l’assurance de ce lundi est une occasion manquée. C’est la raison pour laquelle, Solidaris s’est abstenu lors du vote de même que le Cartel, syndicat de médecins généralistes, et la fédération hospitalière Santhea.

Nos principales objections sont les suivantes :

​1. Le modèle de remboursement calibré pour rester dans le budget étriqué de 22,5 millions € (dix fois inférieurs aux moyens nécessaires pour répondre aux besoins !) comprend de multiples obstacles à l’accès aux soins psychologiques : la limitation du remboursement aux 18-64 ans, uniquement pour certains troubles tels que l’anxiété, la dépression et les problèmes liés à la consommation d’alcool ou encore la prescription obligatoire par le médecin généraliste ou le psychiatre qui sont autant d’obstacles à l’accès aux soins de santé mentale pour de nombreux patients. C’est en complète contradiction avec le modèle innovant à promouvoir pour les soins de santé de première ligne : totalement accessible, collaboratif et interdisciplinaire. Un coup dans l’eau !


2. Le modèle doit fonctionner dans une enveloppe budgétaire fermée, ce qui signifie que quand il n’y a plus d’argent, le remboursement s’arrête. Seuls ceux qui pourront payer, pourront être pris en charge, les autres devront mettre leurs problèmes psychiques sur liste d’attente jusqu’à la prochaine « enveloppe ». Et c’est le médecin, le psychiatre ou le psychologue qui devra annoncer la mauvaise nouvelle !


3. Le modèle n’a pas l’adhésion du terrain. Les psychologues sont opposés à la prescription obligatoire pour une prise en charge de première ligne et les médecins généralistes se sont prononcés contre le rôle de « filtre budgétaire » qu’on veut leur faire jouer.


4. Le projet a été construit sans réelle concertation avec les différents acteurs de la santé mentale. Les psychologues n’étaient pas présents lors des discussions à l’INAMI et il a été décrété que les principes de base du projet étaient « indiscutables ».


Lors des discussions Solidaris avait pourtant proposé une alternative. Plutôt que d’implémenter un modèle structurel sur l’ensemble du territoire qui ne répondra pas aux besoins et n’aura pas l’adhésion du terrain, nous proposions de mettre en place un projet pilote par région, sur base des principes recommandées par l’étude du Centre fédéral d’expertise : un accès direct au remboursement premières séances sans prescription obligatoire et sans limite d’âge.

Quoi qu’il en soit Solidaris continuera d’intervenir dans le remboursement des consultations du psychologue dans le cadre de son assurance complémentaire afin de répondre aux besoins croissants de ses affiliés dans ce domaine.


---------------------------------

[1] Source: The European Study of the Epidemiology of Mental Disorders (ESEMeD)

​​​