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Pro Santé

EDITO – Bien s’informer, c’est la santé ; couper dans le budget, c’est la menacer (8/12/2014)

​En novembre, la mutualité Solidaris a mené une grande enquête pour mieux connaître le niveau d’information des Belges sur leur santé. Il s’agissait de savoir si ce niveau d’information a un impact sur l’état de santé du citoyen, s’il permet au patient de mieux se soigner, de mieux prendre conscience du rôle actif qu’il doit jouer dans son traitement, etc. Ou si, au contraire, cela entraînait un risque de voir de plus en plus apparaître des "apprentis-sorciers" tentés de croire qu’ils sont à même de gérer leur santé de manière autonome.

L’un des principaux constats de l’enquête Solidaris : une meilleure information des patients contribue à leur meilleur état de santé dès lors qu’elle leur permet de mieux saisir leur maladie, la nécessité de suivre scrupuleusement leur traitement, l’opportunité de comparer les prix de leurs médicaments, etc. En somme, une bonne information concoure à faire des patients de véritables acteurs de leur santé.

Un autre enseignement de notre enquête porte sur la place de l’internet dans notre accès à l’information "Santé" : c’est la deuxième source d’information. Les nouvelles technologies bouleversent en effet notre rapport à la santé. Montres connectées, applications, sites d’informations, réseaux sociaux, forums, émissions de télévision, blogs, etc., l’ensemble de notre environnement tend à l’hyper connectivité et nous permet d’accéder en tout temps et en tout lieu à un nombre gigantesque d’informations. Le revers évident réside dans le fait que ces informations ne sont pas toujours pertinentes voire, dans le cas de la santé, souvent orientées à des fins commerciales. Les conséquences pour les patients sont multiples et les risques bien réels : une surconsommation de médicaments et une tendance à l’automédication.

C’est pourquoi Solidaris met tout en œuvre pour améliorer l’accès aux informations liées à la santé. Cet accès est indissociable de notre combat pour l’accessibilité des soins de santé de qualité. Ces informations et ces soins doivent être disponibles pour tous les patients, dans l’intérêt des patients et ce, sans prisme financier. Combattre cette situation d’inégalité face à l’information fait en effet partie intégrante des missions confiées aux mutualités : nous œuvrons quotidiennement à renseigner, conseiller et orienter au mieux nos affiliés et ce, afin d’en faire de véritables partenaires des médecins qu’ils sont amenés à consulter. C’est un fait évident : on ne s’improvise pas médecin et, indépendamment de son niveau d’information, la consultation médicale doit demeurer l’acte fondateur de tout traitement. 

C’est précisément à ce titre que nous sommes en droit de nous inquiéter de la volonté du gouvernement fédéral de revoir à la hausse le montant dû par le patient lorsqu’il consulte un médecin spécialiste. Dès le 1er janvier 2015, 7 consultations de spécialistes (parmi lesquels le gynécologue ou l’ophtalmologue) sur 10 seront 46% plus chères en moyenne. Certes, dans l’absolu, il ne s’agira que de quelques euros à payer en plus par consultation (un peu moins de 4 euros en moyenne). Cependant, lorsqu’on considère qu’en 2013, un patient sur cinq décide de reporter ou de renoncer à ses soins de santé du fait de leur prix, la mesure d’économie décidée par le nouveau gouvernement laisse craindre le pire quant à l’accessibilité des soins de santé. Pour les citoyens qui tentent tous les jours de joindre les deux bouts, ces quelques euros supplémentaires s’apparentent à une difficulté nouvelle avec laquelle ils devront à l’avenir composer, quitte à ne pas se soigner.

Veiller à une meilleure accessibilité des patients aux informations en lien avec leur santé n’a évidemment aucun sens si, parallèlement, on compromet leur accès aux soins eux-mêmes. Si l’on pensait que l’accessibilité des soins relevait d’un enjeu de second ordre, le gouvernement fédéral a le mérite, à notre grand dam, d’en refaire une question de première importance. Inviter les personnes dont les revenus sont bas à se débrouiller seuls face à leurs problèmes de santé, cela relève d’une politique d’un autre siècle.

Des efforts budgétaires, c’est une évidence, doivent être effectués. Et, comme nous l’avons déjà indiqué, nous sommes prêts à collaborer activement à la définition de pistes d’économies qui permettront de préserver les patients et les soins auxquels ils ont droit. A l’heure où la « main tendue » semble être devenu LE laïus de circonstance, il convient pour le gouvernement de savoir saisir celle qui leur est présentée. Le droit à la santé, qui doit être garanti à l’ensemble des citoyens du pays, mérite bien que l’on s’en soucie pleinement.

 

Michel Jadot, Président de l’UNMS, et Jean-Pascal Labille, Secrétaire général de l’UNMS